1. Globus
  2. Beauté
  3. Tendances & Inspiration
  4. Asia Beauty

Soins de la peau

Quand aspect rime avec respect

En tant que citoyenne helvético-japonaise, la styliste zurichoise Kazu Huggler maîtrise parfaitement le grand écart entre l’Occident et l’Orient.

C’est en été, quelques jours après qu’elle eut déménagé son magasin du paisible quartier d’Hottingen pour se plonger dans l’effervescence de celui d’Aussersihl et assisté à un événement culturel dédié à aux traditions et à l’esthétique japonaises, que nous avons pu nous entretenir des rituels de beauté japonais avec cette habituée des navettes entre l’Ouest et l’Est, entre Zurich et Tokyo.

Un teint clair, des cheveux foncés noués en un chignon tiré à quatre épingles et des lèvres rouges: quand on aperçoit Kazu Huggler lors de manifestations comme ses défilés, on a en face de soi l’image même qu’on se fait de l’Asiatique type. Le canon esthétique japonais ne se résume pourtant pas à ce simple cliché. Pas plus qu’il n’est un pur artifice de l’ego comme en Occident. «Je me maquille les lèvres en rouge quand j’ai besoin de force ou lors d’événements ou de conférences», nous confie Kazu Huggler. Sinon, elle privilégie la sobriété et le minimalisme.

Ainsi, lors de la manifestation organisée par la Société Suisse-Asie, elle ne portait pas de rouge à lèvres en raison de la présence d’un membre illustre de la Maison impériale japonaise. «La princesse était la protagoniste principale. Il s’agissait de faire preuve de retenue», explique Kazu Huggler pour qui il serait tout aussi inconcevable de participer à la cérémonie du thé avec des lèvres maquillées en rouge, le rouge à lèvres risquant de laisser des traces indésirables sur les précieuses tasses. Dans la culture japonaise de la beauté, il en va en premier lieu du respect des autres et de soi. Et Kazu Huggler de préciser qu’au Japon, la beauté ne s’acquiert pas à la naissance, par les gênes, mais se manifeste à travers les efforts mis en œuvre pour soigner son apparence, par l’art d’être propre sur soi, dans tous les sens du terme – et ce, dès le plus jeune âge. On prend un bain quotidiennement, après s’être soigneusement lavé, de sorte que toute la famille puisse utiliser la même eau. Même les enfants sont sensibilisés très tôt à l’entretien des cheveux, de la peau et des ongles. «Les notions de toilette, de propreté et d’hygiène sont ancrées comme une évidence dans la société japonaise», souligne la styliste. «Au Japon, il existe de formidables savons à base de riz et de soie. Et les produits de toilette et les shampooings sentent divinement bon.» 

Ainsi, dans l’Empire du Soleil levant, un subtil parfum corporel, fleurant bon le propre, sera perçu comme un vecteur de beauté, alors que se parfumer à outrance est un sacrilège, voire un interdit dans certains restaurants, au motif que cela pourrait altérer le fumet et la saveur des mets. «Au Japon, les parfums sont plutôt une histoire de marques», précise cette mère de deux fils qui aime choyer sa peau selon des rituels bien précis, avec des produits de soin venus du Japon, adaptés aux saisons respectives. En été, on utilisera une protection solaire élevée; en hiver, une crème spéciale saison froide. Toujours selon elle, les marques cosmétiques japonaises s’imprègnent fortement des saisons. Cela coïncide parfaitement avec l’idéal esthétique des Japonais selon lequel le look se doit d’être en harmonie avec le moment, le lieu et l’événement. C’est dans cet esprit que Kazu Huggler, 48 ans, façonne son style et son travail, avant de conclure: «À soixante ans, on n’a pas à se présenter comme une jeunette de 20 ans. Accepter le temps qui passe, traiter les autres et soi-même avec respect et savoir adopter une tenue et un comportement de circonstance, c’est tout cela qui fait la beauté d’une femme».